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® Sandrine Villain
Publié le 08/07/2016 , HESAM Université, Chercheurs

Cette semaine, focus sur Sophie Pochic, chargée de recherche au CNRS au Centre Maurice Halbwachs, financée par HESAM Université et son programme Paris Nouveaux Mondes.

Sophie POCHIC, qui êtes-vous ?

Membre de l’équipe pédagogique du Master ‘Genre, Politique et Sexualité’ et du Master ‘Sociologie générale’ de l’EHESS, je suis également chargée de recherche  au CNRS au Centre Maurice Halbwachs. Je fais partie depuis 2013 du Noyau d’excellence thématique NetWORK  financé par heSam Université dans le cadre du programme Paris Nouveaux Mondes.

Quel est votre projet de recherche ?

Le projet de recherche que je développe au sein du réseau NetWORK de HeSam Université vise à combler un angle mort des travaux en sociologie, science politique, économie ou sciences de gestion sur l’usage des chiffres pour lutter contre les discriminations entre les femmes et des hommes au travail. En effet, mesurer pour rendre visible et agir sur les inégalités, pour conscientiser et lutter contre la domination masculine est une stratégie politique traditionnelle du mouvement féministe. Elle s’est traduite par des politiques publiques et des outils légaux, comme par exemple le Rapport de Situation Comparée depuis la loi Roudy de 1983 ou les quotas dans les conseils d’administration avec la loi Copé-Zimmerman de 2011. Si on connaît souvent la genèse de ces outils politiques, on connaît moins leurs usages concrets et les batailles de chiffres qu’ils génèrent.

Quel est votre projet, quelles sont ses ambitions ?

La recherche porte sur ce que font les actrices et acteurs de ces chiffrages, en s’intéressant d’une part à la façon dont ils/elles participent à leur production et dont ils/elles les insèrent dans des répertoires d’action et d’argumentation en faveur de l’égalité. Il s’agit plus largement de s’interroger sur la force du chiffre dans la lutte contre les discriminations, qui est à la fois un outil émancipation et un outil de pilotage contemporain des politiques publiques et des politiques d’entreprise. Cette recherche peut à la fois éclairer les pouvoirs publics sur les conditions de mise en œuvre des politiques publiques, mais aussi ouvrir un débat pluridisciplinaire, ces questions de la mesure comme outil d’analyse et preuve des discriminations étant appréhendées différemment en économie, en sociologie, en droit, en gestion, etc…

A quel stade de développement en êtes-vous ?

Le programme commencé en septembre 2014 s’est achevé le lundi 4 avril 2016 par un colloque final intitulé « Au fur et à mesure ? Quantifier l’égalité : outils politiques et enjeux scientifiques », que nous avons coordonné avec Anne-Françoise Bender (LISE, maîtresse de conférences au CNAM) et Soline Blanchard (CMH, post-doctorante EHESS-HeSam). Nous y avons présenté les résultats des recherches inédites menées dans le cadre de ce programme pluridisciplinaire, mises en discussion avec des collègues spécialistes de ce thème, françaises et étrangères, dont Mieke Verloo (Radboud Universiteit, Pays-Bas), Hazel Conley (University of West England Bristol) et Susan Milner (University of Bath).

Pourquoi vous être tourné(e) vers HESAM pour réaliser ce projet ?

Je fais partie depuis 2013 du Noyau d’excellence thématique NetWORK coordonné par Pierre Falzon (professeur d’ergonomie, CNAM) qui a pour vocation de fédérer dans des actions communes les équipes des établissements d’heSam Université conduisant des recherches dans le champ du travail et de l’emploi. C’est par un appel à projet de ce réseau que nous avons proposé avec différents spécialistes des questions du genre, des discriminations et du travail issus des établissements partenaires (CNAM, EHESS, Paris 1 Panthéon – Sorbonne, ESCP, INED, CNRS) de développer ce programme de recherche en juin 2014.

Qu’est-ce que la ComUE a apporté à votre initiative ? 

Cette initiative nous a permis de développer ou renforcer des liens interdisciplinaires avec différentes collègues en sciences sociales de HeSam (sociologie, économie, sciences de gestion, droit), de financer des missions d’enquête ou des invitations de collègues étrangers. De plus, nous avons eu la chance que ce programme soit sélectionné par HeSam pour un post-doctorat Germaine Tillion. Soline Blanchard, sociologue qui a fait sa thèse sur le marché du conseil en égalité à Toulouse Le Mirail, nous a rejoint pour coordonner ce projet. Elle y développe des réflexions inédites sur le benchmarking de l’égalité, en lien avec l’évolution des politiques publiques en la matière, s’intéressant à la genèse et à la réception des classements des grandes entreprises les plus engagées en matière d’égalité, notamment de féminisation des instances de pouvoir.

Vos ambitions suite à ce projet ?

Ce programme de recherche va se poursuivre sous une autre forme, puisque une équipe du Centre Maurice Halbwachs, à laquelle participent (entre autres) Vincent-Arnaud Chappe, Marion Charpenel et Marion Rabier, a été sélectionné par le Ministère du Travail et la DARES pour réaliser une étude de la mise en œuvre des politiques d’égalité professionnelle en entreprise en France depuis 2010. Nous allons donc poursuivre nos réflexions avec une grande enquête empirique en 2016 et 2017, qui aura deux volets : une étude textuelle sur un échantillon raisonné d’accords et de plans signés dans un contexte législatif renouvelé depuis 2011, et des monographies d’entreprises variées en terme de secteurs d’activité et de taille. La question de la maîtrise par les négociateurs des outils de mesure des différences femmes-hommes, et des controverses possibles sur leur interprétation, sera un des axes majeurs de nos investigations.