“Tout seul on va plus vite. Ensemble on va plus loin.”

janvier 4, 2015 No Comments »
“Tout seul on va plus vite. Ensemble on va plus loin.”

Le 3 décembre dernier, au CENTQUATRE, haut lieu culturel du XIXe arrondissement de Paris, se tenaient les Deuxièmes rencontres de la mobilité inclusive. Rendez-vous annuel d’échange sur les freins à la mobilité et les solutions à mettre en œuvre pour y répondre, ces rencontres ont dévoilé le travail réalisé par le Laboratoire de la Mobilité inclusive depuis sa création l’an dernier. L’occasion pour les petites poucettes de Michel Serres, de mieux comprendre les enjeux liés à l’accès à la mobilité.

Mais revenons sur l’origine du laboratoire. Créé à l’initiative de Wimoov (anciennement Voiture & co) et de Total, le Laboratoire de la Mobilité inclusive a pour objectif d’associer les grands acteurs de la mobilité – privés, publics et société civile – afin d’analyser les difficultés rencontrées par les publics les plus fragiles et de proposer des solutions innovantes en matière de mobilité. Ces expériences ont montré la richesse de rassembler des acteurs différents pour aboutir à des solutions fortes et durables. En effet, le laboratoire permet de partager les expériences concrètes dans une démarche de co-construction, fait émerger le thème de l’accès à la mobilité dans le débat public et fournit des données et analyses objectives pour développer une meilleure compréhension du frein que peut représenter l’immobilité.

Nombreux ont répondu présents à ces secondes rencontres : Renault, Wimoov, Total, Réunica, Emmaüs Connect, Le Secours Catholiques ou encore la Macif se rejoignent pour expliquer que la mobilité est un levier de cohésion sociale et de dynamique économique. Son accès universel mérite, donc, tous nos efforts.

Les débats, alimentés par les études réalisées par le cabinet de conseil en développement durable Auxilia et par le cabinet d’études sociologiques et de conseil en innovation Chronos, confirment que l’inclusion sociale est un enjeu primordial de la mobilité. En effet, il apparait que les problèmes de mobilité sont classés en première position des freins à l’accès à l’emploi ou à la formation. Or, l’étude révèle le chiffre alarmant selon lequel plus de sept millions de personnes rencontrent des difficultés de mobilité en France, soit 20% de la population en âge de travailler.

L’étude met en avant l’éternel problème de gouvernance de la mobilité inclusive. Cette gouvernance relève d’une part des autorités publiques de transport et d’autre part des structures d’accompagnement et employeurs. Les politiques publiques de transport concilient difficilement accès à la ville, mobilité pour tous et développement durable, et proposent des réponses complexes ne répondant que partiellement aux problèmes de mobilité. Par ailleurs, les associations et employeurs, qui apportent des réponses plus adaptées, à la fois financières et éducatives, souffrent de l’absence de reconnaissance juridique et d’une forte dépendance politique et financière. Le cabinet Chronos déplore le fait que les autorités organisatrices des transports (AOT) ne se saisissent que partiellement des enjeux de mobilité inclusive. Un exemple de bonne pratique révélée par l’étude menée par Léa Marzloff de Chronos est celui, au Royaume-Uni, du programme “Transport for solutions”. Celui-ci propose un pack regroupant du conseil pour un itinéraire personnalisé, et des aides financières pour l’usage de modes alternatifs (à la voiture) de déplacement. Dans ce cas, c’est l’AOT qui est responsable de la mobilité inclusive sur son territoire.

L’étude révèle aussi que, contrairement aux idées reçues, les freins à la mobilité ne sont pas uniquement physiques, économiques ou matériels mais aussi largement cognitifs et relatifs à l’éducation et à la confiance en soi dans la mobilité. Or, les politiques publiques répondent peu à ces problématiques et apportent des réponses systématiques, liées à l’accessibilité physique. Il faut aujourd’hui voir plus large et associer tous les acteurs concernés pour pouvoir répondre aux nombreuses facettes de l’accès à la mobilité. Citons par exemple l’initiative “TUS” au Danemark, qui propose un design universel de signalétique entre les différents acteurs de la mobilité. Ce programme répond ainsi aux problèmes de compréhension dans le déplacement, en mettant à disposition une signalétique basée sur des pictogrammes, communes aux structures de transports et compréhensibles par tous.

En outre, Auxilia regrette que les réponses privilégiées par les politiques publiques soient liées à l’automobile. Le cabinet met en avant, dans le cadre de son étude “Seniors et mobilité”, que ceux-ci se trouvent inévitablement en situation d’exclusion sociale le jour où ils ne peuvent plus conduire, et ceci, plus spécifiquement en milieu rural. Aux Etats-Unis, “Independant transportation network” est un réseau national de conducteurs volontaires pour personnes âgées et malvoyants, basé sur un système de crédits. En vieillissant, les conducteurs transforment leurs crédits pour devenir à leur tour passagers. Ce système ingénieux invite les futurs seniors à anticiper leurs éventuelles difficultés de mobilité à venir. Il les aide ainsi à trouver des solutions pour garder une certaine autonomie dans leur mobilité. Par ailleurs, l’étude internationale sur les “pratiques de mobilité inclusive à l’étranger” de Chronos soumet l’idée originale de saisir des opportunités de mobilité inversée, aujourd’hui possible grâce aux nouvelles technologies. L’exemple de “TEKI” aux Pays-Bas est celui d’un système de télémédecine permettant de recevoir un certain nombre de diagnostics et soins à distance. Par ailleurs, “Postbus” au Royaume–Uni optimise les transports postiers pour désenclaver les territoires ruraux isolés en mutualisant le service postier et le bus. En France, l’initiative « Cohesio » mandate les postiers pour un rôle de donneurs d’alertes. Une véritable solution serait une mutualisation des services à domicile (postier, primeur, infirmier…). Mais ceci est rendu compliqué pour des raisons juridiques et éthiques.

En définitive, il semblerait judicieux d’avoir une pensée transversale, dépassant le domaine des transports. La mobilité inclusive, c’est faire coopérer les transporteurs, les donneurs de services à but d’action sociale afin de proposer des services mutualisés innovants. La co-construction est nécessaire pour progresser vers cet objectif. La création du Laboratoire de la mobilité inclusive est enthousiasmante. Mais il faut maintenant orchestrer la mise en oeuvre de co-constructions concrètes, puisque « Tout seul on va plus vite. Ensemble, on va plus loin ».

Ludivine Bus

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