Responsabilité et autonomie : comment reprendre le contrôle sur ses données personnelles?

novembre 9, 2014 No Comments »
Responsabilité et autonomie : comment reprendre le contrôle sur ses données personnelles?

Avez vous déjà compté le nombre d’heures que vous passiez chaque jour sur votre téléphone à consulter vos mails ou vos notifications sur Facebook? Avez vous déjà ressenti ce sentiment déraisonné d’impuissance accompagnant l’extinction de votre téléphone pour cause de batterie déchargée? Vous êtes vous déjà demandé si vous exerciez bien le contrôle que vous pensiez sur votre “quotidien virtuel”? Volontairement exagéré, ce constat aura au moins le mérite de mettre le doigt sur la problématique fondamentale du rôle d’Internet dans la société actuelle.

Notre réflexion sur la mobilité nous a directement amené à interroger le rôle des nouvelles technologies notamment dans l’effacement de la mobilité. Pourquoi se déplacer quand un livreur peut monter vos packs de lait au sixième étage sans ascenseur pour 3 euros de plus sur votre facture de courses ? Cette hyperdépendance aux nouvelles technologie pose des questions de sécurité et de protection de nos données sur la toile dont un autre article de ce blog fait état, la question de l’impact des nouvelles technologies se pose avant tout quant aux potentialités de valorisation économique des données que nous produisons.

 

Mobilité et donnée urbaine

Gilles Betis, chercheur spécialisé dans la problématique des villes connectées et de la mobilité à l’EIT-ICT Lab, nous a rappelé que le sujet de la mobilité devait être mis en correspondance avec celui de la donnée urbaine, véritable effet de levier pour le développement de nouveaux comportements. La technologie permet de disséminer rapidement et efficacement les nouveaux comportements : quelles applications peut-on mettre en place pour augmenter l’autonomisation des personnes par rapport à l’environnement ? La théorie de la transition comportementale définit trois phases permettant à un individu d’abandonner d’anciennes pratiques pour en acquérir de nouvelles. Chaque individu, non satisfait de sa situation à un instant t va chercher un nouveau point d’équilibre. A chaque étape, il doit être accompagné pour acquérir de nouveaux comportements, de préférence par un pair pour être à l’aise avec de nouvelles pratiques. La transition est effective une fois les pratiques établies mais le processus n’est complet que quand on devient soi-même ambassadeur de pratiques. Et si l’Exposition Universelle était un moteur pour passer de la phase 1 à la phase 2? Le visiteur, enchanté et transformé par son séjour, deviendrait un ambassadeur de nouveaux usages dans son pays d’origine.

Les nouvelles technologies posent ainsi la question du libre arbitre. Nous pouvons être conseillé et dirigé mais garder notre capacité de choix individuel. Avoir des assistants mais être capable de souplesse, apprendre à déléguer et à reconnaitre ses limites personnelles : quelle autonomie est on prêt à abandonner? L’exemple type des bienfaits de la “fertilisation croisée” est le GPS Waze, couplé à un réseau social, qui a permis de passer d’une logique d’acquisition à l’ancienne à celle du crowdfunding. Dans le cadre de l’Exposition Universelle, nous pourrions ainsi imaginer une maximisation de la visite par une offre sans couture et un accompagnement pour la planification du séjour. Imaginons une application qui vous permettrait de programmer un bar, un cinéma et un restaurant  : le répertoire de données serait classé selon le sens des données et non pas selon leur format. Peut-on créer un nouveau Google avec des recherches sémantiques? Les réflexions sur l’Internet des Objets font apparaitre de nouveaux acteurs qui renvoient de façon dynamique la meilleure solution: le data browser permet l’accès à la donnée selon le besoin, le data brocker enrichi la donnée via un échange commercial ou en open data, le tiers de confiance, nouvel “avocat de famille” gère vos données et vous permet de retrouver du recul et un contrôle sur vos données.

 

Un enjeu minoritairement technique

Agréger des données gérées par des opérateurs différents (électricité, gaz, mobilité, déchets) ne pose pas de problème sur le plan technique car l’agrégation et la redistribution sont traitées par des calculs automatiques. Néanmoins, le sujet pose un problème politique lié à la gouvernance de la donnée. Comment naviguer entre la CNIL et l’Open Data? Il faut un tiers de confiance, des lieux de gouvernance neutres pour agréger les données individuelles, piloter les infrastructures et restituer les données aux individus privés. Et si la collectivité apportait l’investissement, le réseau, les ressources pour assurer la collecte et le traitement des données sur un serveur pour garantir l’exploitation pérenne des données dans une perspective de développement durable?

La mobilité s’appuie en effet sur un nouvel écosystème d’acteurs dont les collectivités territoriales qui peuvent agir comme tiers de confiance et répondre à l’enjeu de la gestion décentralisée des infos en produisant, analysant, rendant compte et en aidant au pilotage des données individuelles. Egalement, la mobilité inspire les fournisseurs de service urbains comme les mutuelles qui proposent des paiements à l’usage ou réflechissent à garantir la mobilité par des moyens alternatifs. La question se pose ainsi de piloter la mobilité comme d’autres dépenses liées aux usages quotidiens du ménage tel que l’énergie ou les déchets. La RT2012 oblige les bailleurs sociaux doivent à intègrer dans les charges collectives de la copropriété le chauffage, l’eau et les communs et ainsi proposer une facturation individuelle des déchets au kilo : l’usager doit se voir restituer ses données et payer exactement ce qu’il consomme.

“Le crédit-carbone individuel”

Très en vogue dans les activités B2B, les modèles de valorisation de données et de contrôle sur des tableaux de bord restent encore difficiles à étendre pour une cible B2C. Avoir un tableau de bord pour changer son comportement ou comment utiliser la technologie pour favoriser la transition comportementale : je peux mesurer l’efficacité de mes actions, je comprend individuellement que je dois changer. S’inspirant des “transition cities” au Royaume Uni, Francis Contat du cabinet Synergences nous a proposé le modèle du “passeport individuel citoyen”. Le particulier bénéficie d’un “crédit carbone” pour s’engager dans la “logique du progrès” en économisant sur sa facture d’énergie qu’il peut réutiliser pour des dépenses de mobilité ou de gestion de déchets. La collectivité finance le processus si le phénomène de boucle est respecté à savoir si les économies réalisées sur la facture d’énergie sont réinvesties dans des transports respectueux de l’environnement ou dans la gestion des déchets.

L’individu apprend ainsi à changer de comportement de façon ludique grâce à des procédés de gaming qui lui permettent de se comparer à des référentiels de profil de consommation et à des moyennes à atteindre. Le rééquilibrage s’effectue selon l’impact qu’il aura sur l’environnement : il apprend à arbitrer dans les choix de consommation et à opérer une diminution de la consommation. Il faudrait alors développer des modèles dans lesquels la donnée n’est pas soumise à une réplication commerciale pour favoriser un citoyen engagé dans la transition écologique et la protection du bien commun.  Le citoyen acteur n’est pas obéissant à un système top-down, il faut développer des modèles d’échange, de réciprocité, de privilèges, de bonus et de lien sociales. L’engagement vertueux se convertit sous des aspects non financiers.

Coline Guedj

 

Vidéo : « Les données personnelles partagées »

Daniel Kaplan – FING

 

 

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