« Back to basics » : avec l’innovation frugale, être acteur du changement devient un jeu d’enfant

novembre 9, 2014 No Comments »
« Back to basics » : avec l’innovation frugale, être acteur du changement devient un jeu d’enfant

Et si innover devenait un jeu d’enfant? Partage et simplicité, voici les deux mots d’ordre de la théorie de Navi Radjou sur l’innovation “Jugaad”, à traduire “frugale”. Fini la complexité des modèles mathématiques et physiques loués par les ingénieurs, l’innovation frugale propose de retourner à l’essentiel. Radjou revalorise les « bricoleurs » de Levi Strauss, agissant à l’intuition pour faire plus avec moins. L’innovateur « frugal » fait de la contrainte une opportunité en raisonnant en sens inverse : ce n’est plus le problème qui guide la recherche de solution mais les ressources dont on dispose qui invitent à satisfaire un besoin.

Simple et respectueuse de l’environnement, l’innovation frugale change surtout le paradigme actuel du « low cost » consistant à penser qu’un produit moins cher est un produit de qualité moindre. La théorie inspire d’ailleurs les grands groupes industriels comme Unilever ou General Electric cherchant à réduire leurs marges tout en montant en gamme.

Les différentes facettes de l’ingéniosité collective

Au delà de la théorie, l’innovation frugale est d’autant plus inspirante qu’elle se décline à travers le monde dans plusieurs projets et initiatives qui consacrent le “retour de l’humain” et de la collaboration. Il n’est désormais plus nécessaire de présenter Blablacar et sa croissance annuelle de 100% depuis 4 ans. Déplaçant plus d’un million de personnes chaque mois (soit 2000 TGV pleins), la plateforme de covoiturage incarne cette nouvelle économie du partage qui entre en concurrence avec les acteurs traditionnels de l’économie, du transport au logement, en passant par l’industrie artistique.

En Septembre dernier à la Villette, l’Exposition « Wave » nous a permis de découvrir l’ingéniosité collective et d’appréhender les différentes déclinaisons de ce “virus incontrôlable” qu’est la révolution digitale. Les projets fleurissent et permettent des montées en gamme et des changements radicaux à tous les niveaux de la société. Difficile de choisir dans la palette des initiatives exposées, reflétant chacune des volontés de répondre à des problématiques locales. L’éco-quartier allemand de Vauban, promoteur de partage et de développement durable, incarne le modèle de l’économie circulaire faisant des déchets de l’un les ressources de l’autre. Les 15 000 habitants vivent sur une production locale de chaleur d’énergie solaire, dans des logements à faible consommation : 65% de l’électricité est produite par panneaux solaires et centrales à co-génération.

 

Repenser le format de l’Exposition Universelle

Catalyseur de nouveaux modèles économiques stimulant le bien être collectif et la créativité individuelle, l’ingéniosité collective est apparue en parfaite adéquation avec nos réflexions sur la mise en place d’un nouveau “format” d’Exposition Universelle. Le “retour” de l’humain fait bien entendu écho au thème du génie du corps mais est avant tout une opportunité rêvée de rompre avec la vision traditionnelle d’une Exposition-musée dans laquelle le visiteur n’est qu’un observateur passif face aux vitrines des technologies les plus complexes. Souhaitant proposer à chacun de vivre sa propre expérience lors de sa venue à l’Exposition Universelle, nous pourrions ainsi promouvoir un nouveau “statut” du visiteur. Valorisé comme pilier de l’Exposition, le visiteur devient acteur. Il vit pleinement l’Exposition, se nourrit d’idées nouvelles et d’images à partager.

Au delà du concept, comment faire pour que le monde tourne mieux et que tout le monde participe? Il nous faut désormais concrétiser le modèle de co-création faisant que chacun peut devenir créateur en ayant accès à des outils et en partageant ses connaissances avec d’autres. Comment nous inspirer des Fablab, ateliers de création technique, et du Mouvement des Makers bénéficant de matériel à leur disposition et de spécialistes? Une première réponse apparait avec l’initiative de « Los Grobo » en Amérique Latine qui propose la location de terres et de machines afin de promouvoir le savoir plutôt que propriété. Un autre projet à retenir serait le dispensaire rural crée en Inde par Newsoft à partir d’un écosystème de santé assis sur maillage local et une technologie de pointe permettant de faire bénéficier la télémédecine aux populations les plus modestes. Créer des modèles viables et pérennes sans exclure les autres et même créer un tremplin pour les exclus du système en les aidant à voler de leurs propres ailes : l’Exposition Universelle devra intégrer également les réflexions de l’économie inclusive.

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Des entrepreneurs pour une France meilleure

Collaboration, miniaturisation, simplification : la formule du succès est désormais confirmée. Cette innovation à taille humaine est accessible à tous car peu chère et peut permettre de suivre l’invitation de Goethe : « Quoi que tu rêves d’entreprendre, commence. L’audace à du génie, du pouvoir, de la magie ».

A priori distinct des problématiques de transport, le sujet apparait de plus en plus comme un concept indispensable à la stabilité de notre projet impliquant bien au delà du déplacement des problématiques sociales et environnementales. La France a besoin d’un évènement fort et rassembleur, les enjeux sont nombreux mais les ressources sont disponibles comme le précise Jean Pisani-Ferry dans son rapport Quelle France dans 10 ans?. Promouvoir une croissance responsable, combinant indicateurs environnementaux et économiques, n’est pas forcément un sujet aussi complexe qu’il n’en a l’air…. si chaque citoyen a les outils et la volonté de s’impliquer!

 

 

Coline Guedj

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