25 mars 2018

Appel à candidatures – Thèse CIFRE

Le Cnam, EDF R&D et l'ENSCI lancent un appel à candidatures pour une thèse CIFRE sur le thème "Méthode d’anticipation et de matérialisation par le Design des évolutions du secteur de l’énergie”. Date limite de réception des candidatures le 25 Mars 2018.

CONTEXTE

Les changements sociétaux, culturels, techniques, économiques et environnementaux imposent dorénavant une appréciation croisée de leurs multiples paramètres. Seuls les Groupes disposant d’une réelle capacité d’anticipation, profondément ancrée dans leur culture d’entreprise et dans leur organisation, peuvent se prévaloir de pouvoir, non seulement à se préparer aux changements attendus (s’adapter), mais aussi de provoquer les changements souhaités (se transformer), alimentant ainsi leur agilité et leur compétitivité.

Les autres Groupes, tel EDF, ne disposant manifestement pas de cette capacité structurelle, sont dès lors tenus de mettre en place des solutions ponctuelles ou sectorielles pour sonder les mutations qui impacteront potentiellement leurs activités et d’envisager les solutions qui leur permettront de devancer demain la modification sous contrainte de leurs modèles historiques.
Pour y arriver, plusieurs stratégies sont actuellement à l’œuvre à la fois dans les sciences dites dures, et dans les sciences humaines et sociales. Ces différentes démarches, notamment via des approches déterminisme (les effets sont précédés de causes, dans un même contexte, les mêmes causes ont les mêmes effets), réductionnisme (la réalité peut-être dans une certaine mesure simplifiée et appréhendée via des indicateurs) ou systémique (reconnaissant une certaine prédictibilité de certains systèmes, à certaines échelles) permettent d’aborder les questions humaines afin d’expliquer des mécanismes sociétaux qui en découlent. Cela peut-être également accompagné par des calculs statistiques, de probabilité et de modélisation qui permettent d’apprécier des tendances économiques sur les marchés ou des macros comportements. De même, des cabinets de conseil se livrent régulièrement à des exercices de décryptage et de projection des évolutions technologiques pour les années à venir. Enfin, la science-fiction permet de générer une expression libre et subjective des futurs probables.

Deux grandes attitudes méthodologiques sont généralement distinguées et cohabitent parfois en matière d’anticipation :
L’une est fondée sur la prévision. Elle consiste essentiellement à prendre en compte le passé comme élément principal de l’avenir. Elle mise sur une certaine continuité de l’histoire et se base essentiellement sur des modèles et/ou des approches statistiques.
L’autre méthode est fondée sur la prospective. Elle est souvent reconnue sous le terme d’école française de prospective. Elle est essentiellement tournée vers l’avenir. Dans cette attitude, des états des lieux, des hypothèses d’évolution et des tendances sont observées, qui permettent d’aboutir à des scénarios imaginables. En laissant une place à l’imagination, encadrée par une rigueur méthodologique, elle recherche ce qui n’est pas nécessairement du domaine du logique et prend le risque de se tromper (on ne peut être vraiment certain qu’avec le temps de l’importance d’une rupture possible ou de la pertinence d’un signal faible), s’exprimant souvent en cahier de prospective, en veillant à ne pas se limiter par autocensure, laquelle empêche souvent les « signaux faibles » de devenir visibles. Cette approche est plus appropriée à la détection de « faits porteurs d’avenir » (Pierre Massé) ou de signaux faibles, définis comme étant des faits paradoxaux portant à réflexion (Philippe Cahen).

Nous pouvons aujourd’hui noter au moins trois potentiels axes d’amélioration de ces approches conventionnelles :
Premièrement, la question même de l’anticipation de l’évolution des usages et des besoins n’est abordée qu’indirectement, généralement à travers des approches de marchés et statistiques. Pourtant, l’appréciation spécifique de l’évolution des habitudes, des limites et des aspirations humaines suivant des aspects simultanément cognitifs, culturels, et émotionnels, peuvent permettre de détecter des évolutions aujourd’hui difficilement qualifiables et assoir objectivement la robustesse de nos scénarios prospectifs.

Deuxièmement, très peu de démarches ne cherchent aujourd’hui à exploiter de façon croisée les différents savoirs prédictifs disponibles dans chacun des champs précités. Pourtant c’est bien dans une association synchrone et inédite des multiples facteurs que peuvent se bâtir des hypothèses prospectives fiables aux structures de construction rigoureusement étayées sur plusieurs aspects : culturels, sociétaux, techniques et économiques.

Enfin, l’accès aux résultats de ces études est généralement contraint par leurs formes de restitution. La complexité des hypothèses formulées, le nombre de marqueurs manipulés, les singularités de chaque hypothèse, … font de la restitution, la compréhension, l’accès à ces scénarios d’anticipation des documents experts, peu incarnés, dont la forme n’aide pas la conscientisation des opportunités et faiblesses pour le Groupe.

PROBLÉMATIQUE ET ENJEUX POUR EDF

A chacun de ces trois points, il convient donc aujourd’hui d’apporter une réponse.

La R&D d’EDF est stratégiquement et historiquement l’entité du Groupe la plus à même de bâtir ces hypothèses prospectives solides, afin d’aider les Métiers à anticiper les mutations ou les ruptures qu’ils vont devoir rencontrer dans les prochaines années et d’initier des opportunités de nouveaux business pour le Groupe. Les enjeux économiques, environnementaux et sociétaux qui mettent actuellement (et probablement durablement) le Groupe sous tension, justifient le besoin de disposer concrètement de nouveaux savoir-faire et de démonstrations probantes sur ces terrains.
Nous pouvons bien sûr noter qu’un certain nombre de connaissances prospectives sont aujourd’hui générés au sein de la R&D par diverses compétences et avec diverses finalités.
La démarche avancée pour cette thèse propose de développer une approche complémentaire à ces savoirs en répondant aux trois axes d’amélioration précités. Elle s’appuiera sur une discipline en plein essor depuis quelques années baptisée « Design Fiction ». Cette approche nouvelle reposera sur : la prise en compte spécifique de l’anticipation des usages et des besoins dans l’élaboration des scénarios énergétiques prospectifs, l’usage croisé de différents savoirs et méthodes prédictifs disponibles (y compris externes au Groupe EDF), l’élaboration d’une restitution de ces scénarios prospectifs sous des formes résolument nouvelles, accessibles, immersives et explicites, notamment en s’appuyant potentiellement sur les vecteurs numérique y compris réalité virtuelle. Cet ensemble fondera une approche qui pourra être durablement appliquée à la prospective sur les usages de l’énergie au sein du Groupe EDF pour les prochaines années à venir.

Au regard de ces trois objectifs le Design au sein de la R&D a commencé à développer depuis quelques années une approche liée aux problématiques d’anticipation. Cette démarche spécifique permet d’aborder la question des usages et de l’anticipation des besoins en s’appuyant notamment sur des savoirs issus des différents champs disciplinaires disponibles et sur un regard déductif propre au Design. D’autre-part, la variété des champs observés par l’équipe Design de la R&D lui permet aujourd’hui d’être potentiellement connecté à un domaine de connaissance et de pratique étendu autour des multiples applications de l’énergie. Enfin, le Design est reconnu pour sa capacité à incarner de façon efficace ses hypothèses dans des matérialisations formelles, visuelles, immersives et interactives qui facilitent l’accès à des informations parfois significativement complexes.

Il est important de noter qu’à l’extérieur du Groupe EDF, la démarche d’anticipation par le Design fait son apparition dans un certain nombre d’entreprises, de laboratoires et d’universités pour guider l’élaboration de scénarios d’anticipation. Une discipline universitaire s’est ainsi caractérisée notamment en Angleterre au milieu des années 2000 autour de l’appellation « Design fiction » (ou Design spéculatif). Cette discipline spécifique consiste à user des méthodes et des outils du Design pour fonder des scénarios prospectifs et les incarner dans des formes montrant les impacts sur les scènes de vies quotidiennes. La force de ces démonstrations est en train de modifier la pratique même de la prospective, mettant le Designer au cœur d’une démarche capable de réinventer de nouveaux modèles et de mettre le doigt sur des business d’avenir pour le Groupe.

Le développement d’un savoir-faire pour la R&D ainsi que la réalisation de plusieurs démonstrations d’anticipation par le Design appliquées aux différents métiers du Groupe est donc l’objectif stratégique qu’il est proposé de relever dans le cadre de cette thèse portée par la R&D d’EDF. Cette « connaissance productive » permettra en outre au Groupe EDF d’être novateur dans l’application de ces nouvelles méthodes au champ de l’énergie, de développer une expertise sur la construction de scénarios prospectifs par le Design, et de bâtir les outils de représentation et d’immersion spécifiques à la R&D pour favoriser la compréhension et la diffusion de ces scénarios.

PROGRAMME DE TRAVAIL
Le format de la thèse devra permettre d’aborder les trois tâches précitées, en usant simultanément d’un volet théorique et d’un volet pratique. Ainsi il est proposé d’articuler le travail de Recherche de la manière suivante :

  • Année 1 :
    • Etat de l’art : L’état de l‘art devra nous permettre de composer d’une part une bibliographie complète autour de la question de l’Anticipation par le Design (quelles méthodes, quels champs d’application, quels résultats, quels modes de restitution et de représentation utilisés jusqu’à présent), et d’autre part de recenser les grandes méthodes et productions actuellement liées à la question de la prospective en matière énergétique (en interne et en externe au Groupe EDF). Une partie de cet état de l’art fera l’objet d’une première publication.
    • Définition des cibles et des cas d’usages : Plusieurs cas d’usages, pour certains ambitieux, pourront être travaillés dans le cadre des travaux de Recherche : aide à l’orientation stratégique du top management du Groupe, études Anticipatoires sur des métiers ou des secteurs spécifiques du Groupe, sensibilisation publique aux sujets d’avenir sur l’énergie. Il conviendra donc de recenser les besoins auprès des différentes directions et d’en déduire les cas d’usages spécifiques qui conduiront le travail de Recherche. Plusieurs contacts ont déjà été établis dans ce sens.
    • Définition d’une approche d’Anticipation des usages et des besoins liés à l’énergie par le Design : A partir des savoirs accumulés notamment lors de l’état de l’art, élaboration d’une approche caractéristique sur la question de l’anticipation des usages et des besoins. Cette approche définira le fond de connaissance nécessaire pour bâtir cette méthode, s’inspirant notamment de l’ensemble du paysage disponible en matière de ressorts prospectifs. Elle pourra s’appuyer sur des études de cas afin d’en valider la pertinence.
  • Année 2 :
    • Modes de représentation : A partir de l’état de l’art et des situations spécifiquement rencontrées lors des cas pratiques, définition du ou des formats de restitutions nouveaux permettant une compréhension efficace et immersive des scénarios prospectifs générés. Ces modes de représentation seront testés afin d’en apprécier la force et la clarté auprès d’un auditoire cible.
    • Cas pratiques : En relation directe avec les métiers ou les départements du Groupe EDF, il conviendra de travailler sur 2 à 3 cas pratiques afin de tester différentes structurations de l’approche méthodologique issues des états de l’art et des cas d’usages ainsi que différents modes de représentation. Les résultats devront servir les directions concernées de façon « opérationnelles », ils seront évalués au regard de la pertinence de leur impact sur le positionnement des commanditaires (Liste de critère à établir : Compréhension fine des scénarios, assiette stratégico-technico-économique probante, appropriation des résultats, cohérence avec les caractéristiques historiques de l’entité, variété et couverture du champ observé,…)
  • Année 3 :
    • Rédaction de la thèse : Fort de l’ensemble de ces savoirs développés et de ces résultats, il conviendra de décrire les outils méthodologiques permettant de conduire une démarche d’Anticipation par le Design appliquée spécifiquement au Groupe EDF. Cette méthode et ses résultats devront faire l’objet de publications et de conférences.

Bibliographie :

  • Philippe Durance, Régine Monti, Le long terme comme horizon. Système d’anticipation et métamorphose des organisations, Odile Jacob, 2017
  • Philippe Durance (dir.), La prospective stratégique en action. Bilan et perspectives d’une indiscipline intellectuelle, Odile Jacob, 2014

Directeur de thèse : Philippe DURANCE, professeur du CNAM, titulaire de la chaire
« Prospective & développement durable » du CNAM et chercheur au Laboratoire interdisciplinaire de recherche en sciences de l’action
(LIRSA), président de l’Institut des Futurs souhaitables (Ifs).

École Doctorale Encadrant entreprise : ED Abbé Grégoire, Conservatoire National des Arts et Métiers Guillaume FOISSAC – Expert Innovation et Recherche par le Design – Innovation HUB – EDF R&D – Enseignant à l’ENSCI

Projet EDF R&D de rattachement : P11CF « Anticipation et Accompagnement par le Design »

Plan scientifique : Ambition 3.3 « Dynamique des innovations sociétales » / 3.3.1 Un laboratoire des tendances pour étudier le renouvellement de la chaîne de valeur induit par les innovations sociales et technologiques

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